Bonjour à tous !
J'ai loupé le J+365 il y a deux jours mais je me dit qu'il faut quand même que je marque le coup, que je vous dise ce qui se passe en
ce moment, comment je vis les derniers jours... Ne serait-ce que pour m'en souvenir dans quelques jours, semaines, mois, années... Pour me souvenir que l'image toute rose que je garderai des
Philippines, la chaleur et la nostalgie qui y sera liée ne devra pas me faire oublier que parfois ce n'était pas si facile...
Et oui, sur les 365 que j'ai passé ici, la majorité a été inoubliable. Je pense qu'en reprenant mon planning et en pointant un jour au
hasard je peux me souvenir exactement ce qui s'est passé ce jour là.
Le bilan que je fais pour le moment est TRES positif. Je suis HEUREUSE : heureuse d'avoir vécu cette expérience exceptionnelle,
d'avoir découvert les Philippines de la plus belle manière qu'il soit : par ses sourires, son innocence, son hospitalité, son Espérance... Par ses enfants, par toutes ces familles si pauvres et
pourtant si dignes, si simples, si belles... Par toutes ces personnes engagées et au service des autres. Heureuse de toutes les rencontres que j'ai faites, des liens qui ce sont créés avec les
responsables de programmes, mais aussi avec les autres volontaires. Heureuse de me sentir ici chez moi et de garder pour toujours au fond de mon coeur toute la richesse de cette année, des
regards, des sourires, des rires, des paroles échangées... L'Amour.
Et pourtant sur les 365 jours passés ici il y a aussi eu des moments durs, des moments de fatigue morale et physique intenses, des
moments de ras-le-bol, d'impatience, d'incompréhension... Des moments de manque aussi : de la France, de mes repères, de ma famille, de mes amis, (de gruyère rapé et de p'tit rosé ! ;))...
Difficile de se retrouver un an avec soi-même, avec ses questions et ses remises en question, avec sa consicence... Difficile parfois de faire la part des choses entre la mission et la vie privée
: on nous avait prévenu, "la mission c'est votre vie et votre vie c'est votre mission", contrepartie de la grande autonomie dont j'ai disposé tout au long de l'année : je pouvais toujours faire
davantage, je n'étais "pas là pour moi" ! Mais parfois notre vie ne peut-être QUE notre mission parce qu'en un an il nous faut aussi vivre pour nous. On touche ses limites,
on découvre qui on est... Et cette mise à l'épreuve que je n'avais pas anticipée (j'étais bien présomptueuse !) m'a gênée souvent, mais au final elle m'a fait grandir et
avancer. Mûrir peut-être aussi !
Mais sur ces 365 jours, JAMAIS je ne me suis demandé ce que je faisais ici. Jamais je n'ai remis en question mon choix. C'était dur
parfois mais le jeu en valait la chandelle et la plupart du temps c'était BEAU, c'était GRAND ! D'ailleurs qui suis-je pour me plaindre ?
Pendant 365 jours (et même davantage parce que l'aventure a commencé avant mon départ pour les Philippines) je me suis sentie
soutenue et aimée. Vous m'avez suivie, vous m'avez aidée (financièrement aussi !), vous êtes venus me voir, vous m'avez écrit, texté, téléphoné, skypé. Les encouragements, les preuves d'amitié...
Je les compte par centaines, parfois elles venaient même de personnes inattendues, elles m'ont toutes beaucoup touchées, beaucoup apportées.... Vous avez continué à me faire partager
les nouvelles de votre vie, nous étions loin mais nous sommes restés proches ! J'ai mesuré à quel point le socle sur lequel je pouvais m'apuyer était solide, la chance que j'avais de vous avoir.
Je ne peux résumer tout cela qu'en un immense MERCI qui ne sera d'ailleurs jamais assez grand !!!
Le départ approche... Mélange d'appréhension et d'excitation. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis impatiente de vous
retrouver, de vous serrer dans mes bras, de vous parler, que nous puissions discuter sans retenue, partager, rire...Vous retrouvez tels que nous nous sommes quittés... avec 365 jours de
plus... Cette joie me permet d'atténuer ma peur. Peur d'oublier je pense, tout ce qui a été ma vie pendant un an, tout ce qui m'a touché, tout ce que j'ai découvert... Peur de
retrouver ma "petite vie facile" mais qui est pourtant celle que j'ai envie de vivre, peur de retrouver mon quotidien et d'oublier la joie profonde que j'ai éprouvée dans le service des
autres, de retrouver ce que j'ai quitté et qui a fini par ne plus me satisfaire...
Je suis partie un an. Je repars au moment où je commence à bien connaître les enfants, les RP, au moment où je fais vraiment
avancer les choses, au moment où je suis utile... J'aurais pu rester une année de plus, j'ai estimé que je n'en aurais pas le courage... Sentiment d'avoir reçu plus que ce que ce que
j'ai donné, sentiment d'abandon parfois, je pars, ils restent. Nous nous sommes rencontrés, nous avons partagés, ils m'ont ouvert leur coeur... Ils n'ont pas choisis les trottoires de Manille
pour apprendre à marcher... J'ai eu la chance de naître dans un bel hôpital et d'avoir pu m'enrichir encore plus ici de ce qu'on ne trouve pas (plus ?) en France. Je me
suis contentée de semer ce que j'ai eu la chance de recevoir en abondance. Il n'y a aucun mérite à donner ce dont on dispose à profusion... Et pourtant, je n'ai pas vocation à
consacrer ma vie aux autres, je n'ai pas cette force. J'admire (au combien !) ceux qui le font. Comme dirait le Père Daniel, "La force vient d'ailleurs"... Sans doute.
A la formation, on nous a dit qu'il y avait 3 sortes de tailleurs de pierre dans la carrière : celui qui dit "je casse un caillou",
celui qui dit "je gagne ma croûte" et celui qui dit "je construis une cathédrale". Je suis heureuse d'avoir pu me dire chaque jour que j'étais une pierre de ce magnifique édifice. Les
parrains, les filleuls, les responsables locaux, les salariés et les bénévoles de l'assoc', les volontaires, vous tous qui me lisez... nous avons tous notre rôle à jouer. Nous sommes tous là
pour aggrandir la cathédrale et pour la rendre encore plus belle ! Si une pierre se casse, l'édifice ne tombe pas, si on en rajoute il est encore plus majestueux.
Je suis partie un an pour mettre à profit ce que je suis. Je n'ai pas changé, vous me retrouverez comme vous m'avez quittée. Je souris
toujours autant (j'ai d'ailleurs été surprise qu'on me le fasse remarquer, même ici où le sourire est roi !), j'aime toujours autant faire la fête, raconter des bêtises et même renverser de l'eau
sur la table et taper dessus ! Ca a surpris ce qui sont venus me voir : "tu n'as pas changé, en fait !"... Non "en fait"... Tout comme les quelques kilos que j'ai perdu n'ont pas profondément
changés mon apparences physique, l'année que j'ai vécu n'a pas profondément changé qui j'étais... Une évolution, une amélioration, une meilleure estime de moi... Ca oui peut-être... J'espère
!
J'ai apporté ce que je pouvais, j'ai reçu plus que je n'aurais pu l'espérer, je suis heureuse de rentrer, triste de partir... Je ne
pensais pas écrire autant, c'est peut-être confus... Difficile d'exprimer ce qu'on ressent, les contradictions des sentiments... Il y a beaucoup trop de choses à dire, certaines
difficiles à exprimer. Ce que je mets derrière les mots, peut-être l'interprèterez-vous différemment... On en reparlera dans 2 semaines !!!
Je pars, ils restent, je serai remplacée, l'action continue ici. Il y a beaucoup d'autres projets dans lesquels s'investir, beaucoup
de choses à changer, à améliorer au bas de notre porte. A moi de jouer ! L'aventure continue !!!!
Et du coup je ne vous ai pas parlé de ce que je faisais ce moment et bien en gros je dis au revoir et je prépare le terrain pour les
suivants ! Beaucoup de moments très émouvants et encore beaucoup à venir ! C'est MAGIQUE !!!!!!!!
Enfants du programme d'Allaguia, despedida au cours de laquelle on m'a fait l'honneur de me vêtir de l'habit traditionnel Kalinga ! La classe :) Et maintenant, avec quelques mamans :